{"id":773,"date":"2025-09-15T10:11:53","date_gmt":"2025-09-15T10:11:53","guid":{"rendered":"https:\/\/moussokunda.com\/?p=773"},"modified":"2025-09-15T10:11:53","modified_gmt":"2025-09-15T10:11:53","slug":"lenfant-des-ruines-quand-la-litterature-questionne-nos-ruines","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/moussokunda.com\/index.php\/2025\/09\/15\/lenfant-des-ruines-quand-la-litterature-questionne-nos-ruines\/","title":{"rendered":"\u00ab L\u2019Enfant des ruines\u00a0\u00bb : quand la litt\u00e9rature questionne nos ruines"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>Dans son nouveau roman \u00ab\u00a0L\u2019Enfant des ruines\u00a0\u00bb, l\u2019\u00e9crivain et philosophe Fousseni Togola explore la trag\u00e9die des enfants-soldats au Sahel. \u00c0 travers une \u00e9criture sobre et engag\u00e9e, il interroge la perte de l\u2019innocence, la responsabilit\u00e9 collective et la possibilit\u00e9 d\u2019une reconstruction face aux ruines physiques et morales laiss\u00e9es par la guerre.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mousso Kunda\u00a0: Pr\u00e9sentez-vous s\u2019il vous pla\u00eet\u2009?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"http:\/\/moussokunda.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/IMG-20250914-WA0189-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-774\" srcset=\"https:\/\/moussokunda.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/IMG-20250914-WA0189-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/moussokunda.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/IMG-20250914-WA0189-300x200.jpg 300w, https:\/\/moussokunda.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/IMG-20250914-WA0189-768x512.jpg 768w, https:\/\/moussokunda.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/IMG-20250914-WA0189.jpg 1080w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong><em>Fousseni Togola, Ecrivain Philosophe <\/em><\/strong><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Fousseni Togola<\/strong>\u00a0: Je suis <strong>Fousseni Togola<\/strong>, \u00e9crivain, philosophe de formation et journaliste-communicant de m\u00e9tier. Mon parcours est marqu\u00e9 par une volont\u00e9 constante de comprendre les mutations sociales et politiques qui traversent nos soci\u00e9t\u00e9s africaines, et d\u2019en rendre compte \u00e0 travers l\u2019\u00e9criture. \u00ab\u00a0<em>L\u2019Enfant des ruines<\/em>\u00a0\u00bb est mon septi\u00e8me livre publi\u00e9. Avant lui, j\u2019ai explor\u00e9 aussi bien l\u2019essai que le roman et la nouvelle, avec des ouvrages comme \u00ab\u00a0<em>La soci\u00e9t\u00e9 close et ses militants\u00a0\u00bb<\/em> (r\u00e9flexion politique), \u00ab\u00a0<em>Fake Monde<\/em>\u00a0\u00bb (analyse critique du num\u00e9rique), \u00ab\u00a0<em>Bintou, une fille singuli\u00e8re\u00a0\u00bb <\/em>\u00a0(roman philosophique abordant diverses th\u00e9matiques li\u00e9es \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 et \u00e0 la politique), \u00ab\u00a0<em>F\u00e9minitude\u00a0: Musoya<\/em>\u00a0\u00bb (premier essai abordant les questions des droits des femmes), \u00ab\u00a0<em>L\u2019Homme sir\u00e8ne\u00a0\u00bb <\/em>\u00a0(une fiction sur les croyances sociales et l\u2019\u00e9ducation des enfants), \u00ab\u00a0<em>Les Cha\u00eenes invisibles\u00a0\u00bb<\/em> (Une nouvelle sur le mariage des enfants et ses cons\u00e9quences). Je suis pr\u00e9sentement sur le huiti\u00e8me (un roman).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mousso Kunda\u00a0: Qu\u2019est-ce qui vous a inspir\u00e9 pour \u00e9crire \u00ab\u2009L\u2019Enfant des ruines\u2009\u00bb\u2009? S\u2019agit-il d\u2019un fait r\u00e9el, d\u2019une exp\u00e9rience v\u00e9cue ou d\u2019un appel de conscience\u2009?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fousseni Togola\u00a0:<\/strong> ce roman est d\u2019abord n\u00e9 d\u2019un <strong>appel de conscience<\/strong>. J\u2019ai longtemps observ\u00e9, analys\u00e9 la question des enfants dans les zones de conflit du Sahel\u00a0: orphelins, d\u00e9plac\u00e9s, enr\u00f4l\u00e9s de force ou s\u00e9duits par des discours radicaux. Derri\u00e8re les statistiques froides des rapports internationaux, il y a des visages, des destins bris\u00e9s. L\u2019\u00e9criture de ce livre, que j\u2019ai commenc\u00e9 il y a plus de quatre ans, a \u00e9t\u00e9 ma fa\u00e7on de donner voix \u00e0 ces enfants r\u00e9duits au silence, et d\u2019alerter le lecteur sur cette trag\u00e9die contemporaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019histoire de Seydou est une fiction, elle s\u2019inspire de r\u00e9cits recueillis aupr\u00e8s de t\u00e9moins directs et d\u2019articles de presse. J\u2019ai voulu que le roman conserve une dimension universelle tout en restant ancr\u00e9 dans la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019une r\u00e9gion o\u00f9 l\u2019innocence est devenue une cible. L\u2019inspiration n\u2019est donc pas seulement litt\u00e9raire, elle est aussi profond\u00e9ment humaine.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mousso Kunda\u00a0: Comment d\u00e9finiriez-vous votre style litt\u00e9raire\u00a0: \u00eates-vous un \u00e9crivain engag\u00e9, un philosophe romancier ou simplement un t\u00e9moin de votre temps\u2009?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><a><strong>Fousseni Togola<\/strong><\/a>\u00a0: je me d\u00e9finirai comme un <strong>philosophe romancier<\/strong>, dans la mesure o\u00f9 dans tous mes \u00e9crits transparait cette gerbe de philosophie. Mais cette philosophie, elle est engag\u00e9e. Engag\u00e9e dans la d\u00e9fense de l\u2019\u00e9ducation des enfants, la d\u00e9fense de la cause des plus faibles. J\u2019\u00e9cris pour interroger les contradictions de mon \u00e9poque, pour tendre un miroir \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. Mon style cherche un \u00e9quilibre entre la rigueur de la pens\u00e9e critique et la force de l\u2019\u00e9motion narrative.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u2009<em>Si toute philosophie est fille de son temps<\/em>\u2009\u00bb, alors je dirai par la m\u00eame occasion qu\u2019\u00eatre \u00e9crivain, c\u2019est \u00eatre t\u00e9moin de son temps. Je me vois comme un passeur\u00a0; quelqu\u2019un qui observe les ruines sociales, les traduit en mots, et propose au lecteur une mati\u00e8re \u00e0 r\u00e9flexion. Je ne pr\u00e9tends pas apporter des r\u00e9ponses d\u00e9finitives, mais je veux ouvrir des br\u00e8ches dans les consciences.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mousso Kunda\u00a0: Pourquoi avoir choisi la forme romanesque pour traiter un sujet aussi dur que l\u2019enr\u00f4lement des enfants dans les conflits arm\u00e9s\u2009?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fousseni Togola<\/strong>\u00a0: Le roman est une forme souple, capable de tout accueillir\u00a0: les faits, les \u00e9motions, les id\u00e9es. Parler d\u2019enfants-soldats dans un essai aurait sans doute permis une analyse rigoureuse, mais cela aurait manqu\u00e9 d\u2019incarnation. Le roman, lui, permet de plonger le lecteur dans la peau d\u2019un enfant, de ressentir son d\u00e9sarroi, ses peurs et ses contradictions. C\u2019est une exp\u00e9rience sensorielle et affective que seul le r\u00e9cit romanesque rend possible. De plus, le roman est un langage universel. L\u00e0 o\u00f9 un rapport officiel touche une \u00e9lite sp\u00e9cialis\u00e9e, la fiction traverse les barri\u00e8res sociales et culturelles. Elle peut \u00e9mouvoir, faire r\u00e9fl\u00e9chir et mobiliser tout \u00e0 la fois. En choisissant le roman, j\u2019ai voulu donner \u00e0 ce sujet tragique une dimension accessible et durable. Surtout si le roman \u00e9voque des faits qui touchent directement le lecteur, le message passe vite, puisque le lecteur aura de la peine \u00e0 se d\u00e9faire du roman dont le message passe devant lui comme dans une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre sur \u00e9cran.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mousso Kunda\u00a0: Le personnage de Seydou, alias Scorpion\u00a011, est \u00e0 la fois victime et acteur d\u2019un syst\u00e8me violent. Comment Fousseni Togola parvient-il \u00e0 nuancer cette dualit\u00e9 sans tomber dans le manich\u00e9isme\u2009?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"795\" src=\"http:\/\/moussokunda.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/f-t-1024x795.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-776\" srcset=\"https:\/\/moussokunda.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/f-t-1024x795.jpg 1024w, https:\/\/moussokunda.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/f-t-300x233.jpg 300w, https:\/\/moussokunda.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/f-t-768x596.jpg 768w, https:\/\/moussokunda.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/f-t-1536x1192.jpg 1536w, https:\/\/moussokunda.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/f-t-2048x1590.jpg 2048w, https:\/\/moussokunda.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/f-t-1391x1080.jpg 1391w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong><em>Photo de Couverture \u00a0\u00bb Enfant des Ruines\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Fousseni Togola\u00a0:<\/strong> Seydou est un personnage complexe. Il est victime d\u2019une violence qu\u2019il n\u2019a pas choisie, arrach\u00e9 \u00e0 son enfance par des circonstances tragiques. Mais il est aussi acteur, car une fois plong\u00e9 dans la machine guerri\u00e8re, il prend des d\u00e9cisions, parfois terribles. Le d\u00e9fi de l\u2019\u00e9criture \u00e9tait de rendre cette dualit\u00e9 cr\u00e9dible, sans tomber dans la caricature ni dans l\u2019excuse facile. J\u2019ai voulu montrer que m\u00eame au c\u0153ur de la violence, il subsiste un espace de choix, aussi restreint soit-il. Seydou incarne cette fronti\u00e8re fragile entre innocence et responsabilit\u00e9, entre condition impos\u00e9e et libert\u00e9 int\u00e9rieure. C\u2019est cette nuance qui \u00e9vite au r\u00e9cit de sombrer dans le manich\u00e9isme et qui, je l\u2019esp\u00e8re, interpelle le lecteur.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mousso Kunda\u00a0: La guerre et le terrorisme sont des r\u00e9alit\u00e9s br\u00fblantes au Sahel. Ce roman est-il une \u0153uvre de fiction inspir\u00e9e du r\u00e9el, ou un r\u00e9quisitoire engag\u00e9 contre une soci\u00e9t\u00e9 en faillite\u2009?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fousseni Togola<\/strong> : Le roman est avant tout une <strong>\u0153uvre de fiction<\/strong>. Mais comme toute fiction, il dialogue avec le r\u00e9el. L\u2019\u00e9crit est avant tout le t\u00e9moin de son temps. Les faits d\u00e9crits dans \u00ab\u00a0<em>Enfant des ruines\u00a0\u00bb <\/em>trouvent leur origine dans des contextes connus\u00a0: villages attaqu\u00e9s, enfants enr\u00f4l\u00e9s, familles bris\u00e9es. Il ne s\u2019agit donc pas d\u2019une pure invention, mais d\u2019un r\u00e9cit nourri par le r\u00e9el, transform\u00e9 par la litt\u00e9rature.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mousso Kunda\u00a0: Le choix d\u2019une narration sobre, presque froide par moments, sert-il \u00e0 garder la distance critique du lecteur ou \u00e0 souligner la brutalit\u00e9 des faits\u2009?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fousseni Togola\u00a0:<\/strong> Oui, ce choix est volontaire. J\u2019ai opt\u00e9 pour une narration <strong>\u00e9pur\u00e9e, parfois froide<\/strong>, afin de laisser les faits parler d\u2019eux-m\u00eames. Dans un sujet aussi dur, le danger serait de tomber dans la surench\u00e8re dramatique. En adoptant une \u00e9criture sobre, j\u2019ai voulu pr\u00e9server une distance critique pour le lecteur. Cette sobri\u00e9t\u00e9 a aussi une fonction esth\u00e9tique. Elle met en valeur la brutalit\u00e9 des faits en les d\u00e9pouillant de toute fioriture. Le contraste entre la simplicit\u00e9 du style et la violence des \u00e9v\u00e9nements renforce l\u2019impact \u00e9motionnel.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mousso Kunda\u00a0: Comment des \u00ab\u2009ruines\u2009\u00bb autant physiques que morales se manifestent-ils dans le texte, et que symbolisent-elles dans le parcours initiatique du jeune h\u00e9ros\u2009?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fousseni Togola\u00a0:<\/strong> Les ruines sont d\u2019abord concr\u00e8tes\u00a0: villages incendi\u00e9s, \u00e9coles d\u00e9truites, familles dispers\u00e9es. Elles symbolisent la guerre qui d\u00e9figure le Sahel et au-del\u00e0 et transforment des paysages de vie en champs de d\u00e9solation comme on peut le lire dans le passage suivant du roman\u00a0: \u00ab\u2009<em>Le jour o\u00f9 vos parents disparaissent, personne ne vous tend la main comme ils savaient le faire.<\/em>\u2009\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le roman ancre cette r\u00e9alit\u00e9 dans ses descriptions pour rappeler que la guerre n\u2019est pas une abstraction. Mais les ruines sont aussi int\u00e9rieures. Elles sont les cicatrices invisibles laiss\u00e9es dans l\u2019esprit de Seydou et de toute une g\u00e9n\u00e9ration d\u2019enfants. \u00ab\u2009<em>Chaque jour, Seydou ressentait ce vide, cette absence de r\u00e9ponses, comme une injustice.<\/em> [\u2026] <em>Seul dans ce noir \u00e9pais, Seydou grandissait pr\u00e9matur\u00e9ment.<\/em>\u2009\u00bb, peut-on lire dans ce livre. Ce sont les rep\u00e8res moraux effondr\u00e9s, l\u2019innocence perdue, la confiance trahie. Ces ruines morales sont peut-\u00eatre plus profondes encore que les ruines mat\u00e9rielles.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mousso Kunda<\/strong>\u00a0<strong>: L\u2019enfant-soldat est souvent exploit\u00e9 dans la litt\u00e9rature africaine contemporaine notamment chez Ahmadou Kouroumah. En quoi L\u2019Enfant des ruines se distingue-t-il des \u0153uvres pr\u00e9c\u00e9dentes sur ce th\u00e8me\u2009?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fousseni Togola\u00a0<\/strong> Kouroumah, avec \u00ab\u00a0<em>Allah n\u2019est pas oblig\u00e9\u00a0\u00bb<\/em>, a magistralement ouvert la voie sur la question des enfants-soldats. Mon roman s\u2019inscrit dans cette filiation, mais il cherche \u00e0 apporter un autre angle\u00a0; celui de la <strong>qu\u00eate philosophique et initiatique<\/strong>. L\u00e0 o\u00f9 Kouroumah d\u00e9ployait un style ironique et d\u00e9cal\u00e9, j\u2019ai choisi une narration sobre, presque clinique, pour inviter \u00e0 la r\u00e9flexion.<\/p>\n\n\n\n<p>De plus, \u00ab\u00a0<em>Enfant des ruines\u00a0\u00bb<\/em> met l\u2019accent sur la dimension symbolique des \u00ab\u2009<em>ruines<\/em>\u2009\u00bb. Des ruines qui ne sont pas seulement mat\u00e9rielles, mais existentielles. C\u2019est ce m\u00e9lange de philosophie, de politique et d\u2019introspection qui distingue le roman de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mousso Kunda\u00a0: Peut-on parler d\u2019un roman de la reconstruction autant que de la destruction\u2009?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fousseni Togola<\/strong>\u00a0: C\u2019est un roman des deux. La destruction est le d\u00e9cor in\u00e9vitable\u00a0: guerre, d\u00e9solation, perte de l\u2019enfance. Mais le r\u00e9cit ouvre aussi sur une possibilit\u00e9 de <strong>reconstruction personnelle et collective<\/strong>. \u00c0 travers Seydou, le roman pose la question de savoir comment rena\u00eetre apr\u00e8s avoir tout perdu. Ce double mouvement est essentiel. Sans destruction, il n\u2019y aurait pas de qu\u00eate\u00a0; sans reconstruction, le r\u00e9cit serait d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9. C\u2019est dans cette tension que r\u00e9side la force du roman.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mousso Kunda\u00a0: Le roman semble m\u00ealer philosophie, politique et \u00e9motion. Quelle place l\u2019auteur accorde-t-il \u00e0 la pens\u00e9e critique dans l\u2019acte litt\u00e9raire\u2009?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fousseni Togola<\/strong>\u00a0: La pens\u00e9e critique est le moteur du roman. Mon intention n\u2019est pas seulement d\u2019\u00e9mouvoir, mais aussi de provoquer une r\u00e9flexion. Le roman ne d\u00e9livre pas de morale toute faite. Il invite le lecteur \u00e0 interroger ses propres convictions sur la guerre, l\u2019enfance, la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La litt\u00e9rature, pour moi, est un <strong>outil de philosophie vivante<\/strong>. Elle met en sc\u00e8ne des situations qui obligent \u00e0 penser. C\u2019est pourquoi j\u2019accorde une grande place \u00e0 la r\u00e9flexion dans l\u2019acte litt\u00e9raire, sans sacrifier la dimension \u00e9motionnelle.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mousso Kunda\u00a0: Peut-on lire ce roman comme un appel \u00e0 la responsabilisation collective (familles, \u00e9coles, gouvernements) face \u00e0 la perte des rep\u00e8res chez les jeunes\u2009?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fousseni Togola<\/strong>\u00a0: Oui, sans aucun doute. Le passage suivant est assez r\u00e9v\u00e9lateur\u00a0: \u00ab\u2009<em>Malgr\u00e9 son apparente int\u00e9gration au sein du groupe extr\u00e9miste, Seydou nourrissait une profonde aversion pour ce qu\u2019il voyait. Il en \u00e9tait venu \u00e0 une conclusion claire\u00a0: l\u2019ignorance et la haine \u00e9taient les moteurs de la violence, et la seule mani\u00e8re de contrer l\u2019extr\u00e9misme \u00e9tait de promouvoir l\u2019\u00e9ducation, le dialogue et la compr\u00e9hension.<\/em>\u2009\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab\u00a0Enfant des ruines<\/em>\u00a0\u00bb est donc une invitation \u00e0 repenser notre responsabilit\u00e9 collective. Les familles, les \u00e9coles, les gouvernements ont tous un r\u00f4le \u00e0 jouer pour pr\u00e9venir l\u2019enr\u00f4lement des enfants et restaurer des rep\u00e8res solides. Ce n\u2019est pas un probl\u00e8me individuel, mais une faillite collective. Le roman ne pointe pas un seul coupable. Il interpelle la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble. C\u2019est cette dimension collective qui, je l\u2019esp\u00e8re, am\u00e8nera le lecteur \u00e0 sortir du r\u00e9cit avec une conscience accrue de son r\u00f4le de citoyen.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mousso Kunda\u00a0: Comment traitez-vous la question du pardon ou de la r\u00e9demption dans un contexte o\u00f9 l\u2019enfance a \u00e9t\u00e9 si profond\u00e9ment alt\u00e9r\u00e9e\u2009?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fousseni Togola<\/strong>\u00a0: Le pardon est un th\u00e8me sous-jacent. Comment pardonner \u00e0 un enfant qui a tu\u00e9\u2009? Comment un enfant peut-il se pardonner \u00e0 lui-m\u00eame\u2009? La r\u00e9demption dans ce roman n\u2019est pas totale ni miraculeuse. Elle est fragile, incertaine, mais possible. Seydou cherche \u00e0 se reconstruire en affrontant ses propres fant\u00f4mes. Le pardon est pr\u00e9sent\u00e9 non pas comme une gr\u00e2ce tomb\u00e9e du ciel, mais comme un processus difficile, lent, fait d\u2019introspection et de r\u00e9silience. \u00ab\u2009<em>Scorpion 11 n\u2019\u00e9tait plus simplement un soldat au service d\u2019un but. Il \u00e9tait devenu un symbole de r\u00e9silience, un exemple de courage pour ses camarades, et un protecteur pour les civils qu\u2019il s\u2019engageait \u00e0 d\u00e9fendre.<\/em>\u2009\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mousso Kunda\u00a0: Enfin, dans une Afrique souvent repr\u00e9sent\u00e9e comme en crise, \u00ab\u2009<em>Enfant des ruines<\/em>\u2009\u00bb offre-t-il une lueur d\u2019espoir\u2009? O\u00f9 sommes-nous face \u00e0 une impasse morale et politique\u2009?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fousseni Togola<\/strong>\u00a0: Oui, malgr\u00e9 tout. \u00ab\u00a0<em>Enfant des ruines\u00a0\u00bb<\/em> n\u2019est pas un roman de l\u2019impasse, mais de la r\u00e9silience. Il montre que m\u00eame dans les pires contextes, il existe une possibilit\u00e9 de renaissance. Cet espoir r\u00e9side dans l\u2019\u00e9ducation, la m\u00e9moire et la solidarit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, il ne s\u2019agit pas d\u2019un optimisme na\u00eff. L\u2019espoir est fragile, menac\u00e9 par les crises politiques et sociales. Mais c\u2019est justement dans cette fragilit\u00e9 que r\u00e9side sa force. L\u2019avenir d\u00e9pend de ce que nous d\u00e9cidons d\u2019en faire. \u00ab\u2009<em>Rien n\u2019est jamais perdu. On peut toujours se redresser et \u00e9crire son propre destin, il faut en avoir courage et volont\u00e9.<\/em>\u2009\u00bb, peut-on lire dans la pr\u00e9face du livre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Propos recueillis par Amidou YANOGUE et Fatoumata Z. COULIBALY<\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans son nouveau roman \u00ab\u00a0L\u2019Enfant des ruines\u00a0\u00bb, l\u2019\u00e9crivain et philosophe Fousseni Togola explore la trag\u00e9die des enfants-soldats au Sahel. \u00c0 travers une \u00e9criture sobre et engag\u00e9e, il interroge la perte de l\u2019innocence, la responsabilit\u00e9 collective et la possibilit\u00e9 d\u2019une reconstruction face aux ruines physiques et morales laiss\u00e9es par la guerre. 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